Instants de vie

Réveil

Je me suis réveillée un matin très tôt, enfin je suis arrivée plutôt dans la douleur atroce de ce retour parmi les êtres de chair, c’est souvent une douleur de revenir à cet état de chair sur terre mais pour moi c’était particulier, la douleur était deux fois plus forte, d’abord la souffrance de la perte du souvenir de toutes mes précédentes expériences, vies et amours perdus mais c’est le prix à payer pour avoir le droit de recommencer, le droit, l’envie ou le devoir, quel est la vraie nature de ce retour ? le droit va avec le devoir et l’envie vient ensuite car ce devoir nous amènera à une évolution de nous-même, sans parler de perfection, loin de moi cette idée, mais juste une évolution pour aller plus loin, pour mieux nous soigner dans le temps de ces multiples vies, nous connaître mieux, sentir nos failles, les panser plus tôt et passer enfin a autre chose qui fera avancer notre vie vers l’évolution pour finalement de plus avoir à revenir, vivre enfin dans un bonheur parfait, doux et paisible …
J’aime bien cette philosophie de la vie, elle m’aide à avancer, à voir plus loin, à ne pas sombrer dans le néant.

Mais revenons à ce jour, ce premier jour, toute cette douleur… Je me suis extirpée de ce corps en hurlant … Qu’est-ce que je faisais là ? Pourquoi ici à cette heure ? Ah oui, je l’ai décidé… Ai-je fait le bon choix ? C’est le choix de la souffrance …

Mon enfance est parsemée de vide, de tristes pensées, de replis, de culpabilité … Où sont mes doux souvenirs d’enfance, mes joies de petites filles, alors que je suis si fragile, que je n’aspire que douceur, sensibilité … et (replis de sois même). Je ne veux pas faire de vague, ne pas se faire remarquer, mais je suis avide de tout savoir, comment fonctionne les choses, les gens et je commence avec ce que j’ai sous la main, mes parents.

Ma mère est une femme acariâtre, imbue de sa personne, jamais contente, rien de lui va, rien n’est trop bien pour elle, il lui faut toujours plus, c’est une souffrance pour elle de demander avec un s’il te plaît pour obtenir ce qu’elle veut de mon père par exemple, encore un travail, encore une finition, encore un cadeau, tout lui est du, et jamais de merci, un sourire en passant très vite, et vite on oublie car ça lui est plus facile de bouder, d’être mécontente, enfin on redoublera d’attention pour lui être à nouveau agréable, juste pour un sourire de plus pour que la paix dure un peu plus longtemps. Avec nous, ses enfants, elle n’a aucune patience, elle s’emporte très vite, s’énerve, les cris et puis les coups partent, on ne s’en sort jamais indemne, car elle cogne fort, toujours avec un objet au risque de se faire mal à la main. Plus tard, on courra devant elle pour échapper à ses coups, mais ce n’est que partie remise, elle n’oublie pas !

J’ai un frère, de juste 11 mois de plus que moi, il est absent, il est noyé dans cette ambiance, il a l’air de la trouver normale ou alors il ne veut pas savoir, on n’en parle jamais, il ne veut pas en parler.

Moi, je sais bien que ce n’est pas normal, même si je n’ai pas de quoi faire de comparaisons, et que je suis trop petite pour tout comprendre, je sais bien que ce n’est pas normal, je le sens, tout mon être le sent. Pourquoi suis-je si différente d’elle, pourquoi je ne la comprends pas, ces réactions excessives, ces états d’âme, ces sautes d’humeur si inattendues. Ce serait tellement plus simple d’être comme elle, je n’aurai qu’à suivre le modèle, tout simplement…

Elle ne m’aime pas, je le sens, je voudrais qu’elle m’aime parfois, juste parfois, car souvent je n’ai pas envie qu’elle soit trop près de moi, de la heurter du simple fait que je sois en contact avec elle, car je sens bien qu’elle déteste ça, jamais je n’ai vu de douceur de sa part, jamais de mot gentil, jamais de consolation, jamais de regard plein de cet amour qu’a une mère pour son enfant, juste un regard froid, plutôt glacial, une distance convenue, « ne m’approche pas sinon j’attaque », de la curiosité parfois, de la jalousie, des reproches, « elle n’a rien à faire là ». Je suis arrivée après mon frère, je n’étais pas désirée, je l’ai entendue le dire bon nombre de fois, une histoire racontée entre amis, une anecdote de sa vie de jeune femme, « je n’en voulais pas, c’était trop tôt après le premier enfant, j’ai tout fait pour l’expulser »
Et pourtant, je suis bel et bien là, et oui, c’est ce que je me dis à chaque fois que j’entends cette histoire, je me suis accrochée à toi !

Mais pourquoi suis je là ? qu’est-ce que je fais avec cette femme qui apparemment ne se reconnaît pas comme ma mère ? comme mère tout simplement, c’est la vérité finalement, je suis bien d’accord avec elle pour une fois, je ne la sens pas comme une mère, elle n’est pas comme moi, je n’ai rien à voir avec elle, mais que faire ? partir ? pour aller où ? je suis petite, fragile et je n’ai pas confiance en moi… Je vais donc rester et apprendre, enfin tenter d’apprendre, ou me détruire à son contact, devenir comme elle, devenir folle…

Mon père, est un homme gentil, absent aussi tout comme mon frère, il ne lève que rarement la voix, lorsqu’il est triste il se renferme sur lui-même, il fait quelque chose pour occuper son esprit et ne pas penser, il fait ce qu’elle veut finalement, et avec nous aussi, il fait ce qu’elle veut, c’est elle qui décide de tout, quand et comment.
Il n’est pas souvent là, lorsqu’il est là, il est absorbé par un quelconque bricolage.
Il rentre tard de son travail, de plus en plus tard, il est là pour le dîner car il est bien obligé mais je ne l’entends pas, il ne dit rien, juste bonsoir, et bonne nuit, il est gentil, mais il est bizarre…
Il m’aime bien, moi sa fille, ce n’est pas comme maman qui a l’air d’être plus douce avec mon frère qu’avec moi, lui, il est doux avec moi, il me regarde, mais c’est bizarre, son regard sur moi, mais je ne sais pas en fait, je ne peux pas tout savoir, je ne suis qu’une petite fille après tout.

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