Lettre à ma fille adolescente.

…Écrit il y a 9 ans…

Ma petite chérie,

Parce que même si tu es grande, tu seras toujours ma petite chérie… même femme, même mère…
Je te sens dans une période bien difficile, et ça l’est d’autant plus que je me rends bien compte que nos échanges sont quasi inexistants, tout du moins les bons ! Les rapports que nous avons se bornent au minimum. Tu ne me dis rien, je ne te demande rien, j’entends sur ta vie, tes ressentis, tes aspirations, tes envies, tes doutes, enfin sur ton toi intérieur, et bien que je sois très occupée, souvent fatiguée et par ce fait irritable, je me rends compte de tout ça.

Je te vois vivre, et je vois bien que tu es bien mal dans tes baskets.
Je ne te vois jamais sourire, encore moins rire, ou bien il faut une tierce personne …
Pour te voir décrocher un sourire, il faut bien d’autres ingrédients que moi. Une copine, les garçons éventuellement lorsqu’ils sont là, mais moi rien du tout, nada!

Rien ne te va, tu n’aimes rien, ou tout est nul …
Je n’ai pas envie de soulever des problèmes chez toi, je n’ai pas envie que tu sois mal ou que tu es de quelconque problème psychologique j’entends, mais c’est pourtant de ton âge !
Ce mal-être ! Cet état où on ne sait plus grand chose de ce qu’on veut, de ce dont on a envie, de ce qui pourrait te rendre tout simplement heureuse ?! Quel bien grand mot, beau même : Heureuse ! Il te faudra encore un peu de temps je crois car là, tu ne l’es pas, ou bien tu dissimules vachement bien, n’est-ce pas?

Je n’ai pas réponse à tout, mais je suis là et le serais toujours, tu as le droit de ne pas vouloir me parler à moi, mais je peux t’apporter certaines réponses à des questions que tu te poses et celles que tu ne te poses pas car enfouis au plus profond de toi. Malheureusement, tu as dû occulter une partie de ta vie d’enfant pour que tu sois là, avec moi, forte, et toujours à la hauteur, face à la vie qui ne t’a pas laissé le choix … de perdre ton père et d’avoir un frère porteur de handicap !

Tu as le droit d’en vouloir à la vie pour ces deux bonnes raisons, ce n’est pas rien, c’est énorme. Je n’ai pas voulu ça pour toi. Je tente de te protéger du mieux que je peux, je t’aime, mais je ne sais plus comment le faire pour t’aider.
Ma seule compagnie est lourde pour toi. Tu as été mon seul rayon de soleil dans ces années terribles, ma seule raison de vivre lorsque j’étais enceinte de ton frère et tu as été tellement mûre lorsque nous nous sommes retrouvés tous les trois face à la vie, trop mûre, trop tôt, tu n’étais qu’une toute petite fille, et pourtant tu savais que lui avait tellement besoin de moi, tu lui as laissé ta place tout simplement alors que tu aurais du revendiqué ta présence, t’imposer, et garder cette place auprès de moi, tu as grandis d’un seul coup.

Maintenant, il est temps de revenir en arrière et de panser certaines plaies laissées ouvertes, je crois, je le pense, j’en suis sûre, ce dont je doute encore, c’est si c’est le bon moment pour toi, mais si je m’interroge au plus profond de moi et que je te regarde vivre, je dis que oui, tu es dans cette phase où il faut que tu comprennes pour te soigner et aller mieux.

Ton mieux être passera par cette compréhension, c’est inévitable, c’est en toi tu n’y peux rien, ça fait partie de ta vie. Du haut de tes quinze ans, tu as déjà vécu beaucoup, et n’attends pas 40 ans comme moi pour panser certaines plaies, elles ne disparaîtront pas, mais en comprenant tu les soigneras, en les soignant tu les oublieras un peu et tu ira mieux.

Je ne saurais que trop te conseiller de parler à un professionnel que nous pourrons choisir ensemble et qui te conviendrait, tu me diras sans doute que tu ne vois pas ce que tu pourrais lui raconter, mais ça c’est son problème, c’est lui le pro, et puis il saura décortiquer ce que tu diras pour mettre le doigt au bon endroit.

Voilà, ne sachant pas te parler en ce moment, il me reste l’écriture, alors je t’écris cette lettre que tu liras.

Je t’aime plus que tout, tu es ma première fille, je voulais tant d’une fille en premier, j’aurai voulu plus pour toi, je n’aime pas que tu portes ce bagage de douleur déjà et je n’y peux pas grand chose, j’ai tenté de te protéger du mieux que j’ai pu, mais c’est comme ça. Je ne te cache rien et je tiens tellement à ce que tu ailles mieux et que nous puissions enfin retrouver un semblant de paix, et d’échanges simples entre toi et moi.
Je t’aime.
Ta maman.

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